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Île-de-France : le masque chirurgical, star des contrefaçons en 2020

Par Carole Sterlé, Le Parisien, 15/04/2021

Avec plus de 200 000 articles contrefaits, le masque chirurgical est en tête des saisies opérées par la douane en 2020. Retour sur une saisie historique, à Aulnay-sous-Bois.

Le Covid s’est invité dans les moindres recoins de nos vies depuis un an. Alors forcément aussi dans celles des douaniers. A l’heure des bilans, c’est sans grande surprise le masque qui arrive en tête des contrefaçons pour cette année hors du commun. En volume du moins, puisque, sur plus de 467 000 articles saisis par les douaniers franciliens, près de la moitié sont des masques chirurgicaux, acheminés de Turquie, sur le papier du moins.

« A l’époque, ça provenait surtout de Chine, pas de Turquie », se remémore un douanier. Rappelons-nous, mai 2020, la première vague. La France sortait groggy du confinement, avec plus de 26 000 morts du Covid et pas assez de masques pour tous. Des équivalences de normes avaient été passées avec plusieurs pays étrangers (Chine, Japon, Brésil…) pour approvisionner l’Hexagone. L’aéroport de Roissy, première frontière de France, s’était transformé en gigantesque plateforme d’approvisionnement.

Les douaniers ne contrôlaient plus que cela. De bonne foi mais avec une bonne dose d’amateurisme, certains s’étaient lancés dans l’import de masques sans rien connaître aux règles du commerce international. D’autres ont flairé le bon filon, face à la flambée des prix. A cette époque, le prix à l’unité flirtait avec l’euro, dix fois plus qu’aujourd’hui.

700 millions de masques importés en mai 2020

La plupart des 700 millions de masques importés venaient d’Asie. Alors forcément, lorsqu’un chargement arrive de Turquie, le 26 mai, les douaniers ouvrent l’œil plutôt deux fois qu’une. Les palettes sont débarquées d’un avion, mais c’est à Garonor, à Aulnay-sous-Bois, que les contrôles auront lieu. L’objectif est double : vérifier le respect des normes et les formalités de dédouanement avec l’acquittement des taxes. « On n’avait jamais eu affaire à de tels volumes », concède Patrick, responsable du pôle dédouanement à Aulnay-sous-Bois, où six douaniers procèdent aux vérifications de marchandises.

Ils ouvrent un carton et tiquent sur ces boîtes estampillées 44M. Ils font le lien avec une autre marque déposée et bien connue dans le domaine des protections, et soupçonnent des contrefaçons. « On contacte la marque, on envoie des photos et elle a un délai de dix jours pour nous faire un retour » indique un douanier. Dans le jargon, on appelle ça une « demande d’intervention ». Les marques se sont identifiées auprès des douanes, signalent de nouveaux produits par exemple, et les douaniers ont un contact direct avec les représentants juridiques. La douane en comptabilise 1500 à ce jour.

Les sept palettes de masques sont alors stockées à Aulnay, en retenue, jusqu’au retour de la marque officielle, qui confirme la contrefaçon. « Il faut que ce soit très approchant, souligne un agent. Une basket à neuf bandes ne pourra pas être considérée comme une contrefaçon de la marque à trois bandes par exemple. » Deux possibilités s’offrent alors : la destruction ou les poursuites judiciaires. Encore faut-il pouvoir remonter jusqu’au contrefaisant. Les masques en question, apprend-on de la douane, n’ont pas encore été détruits mais devaient l’être prochainement.

Les félicitations du ministre à l’époque ont flatté les agents d’Aulnay, qui par cette saisie, ont aussi décroché le record 2020. « On a très régulièrement saisi des masques, mais davantage sur des problèmes de normes que pour des contrefaçons », éclaire un douanier, conscient que toute actualité est de nature à aiguiser rapidement les appétits. « Quand Neymar a signé au Paris Saint-Germain, on a vu apparaître des tee-shirts à son nom moins de dix jours après », illustre-t-il.

Création d’un label pour les plateformes de vente en ligne vertueuses : réponse du secrétaire d’État chargé de la transition numérique

Le 7 décembre dernier, le Gouvernement a annoncé le lancement d’un label pour les plateformes de vente en ligne vertueuses au premier semestre 2021.

Par courrier en date du 19 février, j’ai attiré l’attention du secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques sur la nécessité de veiller à ce que les critères et conditions d’obtention du label soient les plus précis possible.

Vous trouverez, ci-dessous, la réponse de Cédric O.

Monsieur le Sénateur,

Vous avez bien voulu appeler mon attention sur l’opportunité de prendre en compte les enjeux de contrefaçon dans le cadre de nos réflexions sur les obligations qui incombent aux places de marchés et les perspectives de labellisation de certaines d’entre elles.

Après un premier bilan positif de la charte des acteurs du e-commerce, tant par la bonne tenue des engagements que par le nombre croissant de signataires, je vous confirme avoir demandé à mes services de poursuivre cette démarche d’engagements volontaires, et de travailler à un label des places de marché en ligne vertueuses. Vous me faites part de votre intérêt vis-à-vis de ce projet et je vous en remercie.

Soyez donc assuré que la lutte contre la contrefaçon, qui fait déjà partie des engagements de la charte, fera partie des ambitions portées par ce futur label.

Je vous prie de croire, Monsieur le Sénateur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Le Gouvernement ouvre la voie au renforcement de la lutte contre la contrefaçon sur Internet

Lors du conseil des ministres du 8 avril, le Premier ministre a présenté un projet de loi relatif à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique.

Ce texte s’articule autour de deux axes, à savoir le renforcement de la lutte contre la contrefaçon sur Internet et la création de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) via la fusion du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI).

Le Gouvernement souhaite réorienter l’action publique vers les acteurs qui tirent un profit commercial de la contrefaçon.

À cette fin, la future ARCOM se verra attribuer une double mission. Outre l’établissement d’une liste publique des sites massivement contrefaisants, elle aura la possibilité de demander le blocage ou le déréférencement de « sites miroirs » (répliques de sites contrefaisants bloqués ou déréférencés en application d’une décision de justice).

Ces dispositions figuraient déjà dans le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique, dont la discussion fut malheureusement stoppée par le premier confinement.

Le projet de loi sera d’abord examiné par le Sénat (18 et 19 mai).

Vous trouverez, ci-dessous, un extrait du compte rendu du conseil des ministres.

Le Premier ministre a présenté, d’une part, un projet de loi organique modifiant la loi organique n° 2010-837 du 23 juillet 2010 relative à l’application du cinquième alinéa de l’article 13 de la Constitution et, d’autre part, un projet de loi relatif à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique.

1. Le projet de loi relatif à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique a pour objectifs la défense de la création culturelle et la constitution d’un nouveau régulateur solide, puissant et adapté à la convergence progressive de l’audiovisuel et du numérique.

Ce projet de loi renforce ainsi les moyens de lutte contre la contrefaçon sur internet à l’encontre des sites internet de streaming, de téléchargement direct ou de référencement, qui tirent des profits de la mise en ligne d’œuvres en violation des droits des créateurs, notamment à travers l’instauration d’un mécanisme de « listes noires » et la mise en place d’un dispositif de lutte contre les « sites miroirs ».

Il prévoit également un mécanisme ad hoc de référé pour lutter contre le piratage sportif qui exige la mise en place de mesures adaptées tenant compte de l’urgence inhérente aux retransmissions audiovisuelles en direct de manifestations sportives.

Pour mettre en œuvre ces nouveaux outils de lutte contre le piratage innovants et ambitieux, le projet de loi crée un nouveau régulateur, marquant à la fois la volonté de passer à la vitesse supérieure dans la lutte contre les sites pirates et d’inscrire cette action dans une politique plus large de régulation des contenus en ligne. Il fusionne ainsi la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI) et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour créer l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM).

La composition du collège de l’ARCOM est adaptée à ses missions élargies, qui impliquent un renforcement de ses pouvoirs (procédure de conciliation, pouvoirs d’enquête). En particulier, pour assurer l’effectivité du pouvoir de sanction en matière de contrôle des obligations de financement de la production, la procédure est adaptée et le montant de la sanction relevé.

Dans un contexte où la demande d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles n’a jamais été aussi forte mais où les dispositifs juridiques existants ne permettent pas, dans le cadre de la liberté de circulation des capitaux telle que définie par le droit européen, de garantir l’accès du public aux œuvres françaises des catalogues audiovisuels ou de cinéma qui feraient l’objet de rachats « prédateurs », le projet de loi prévoit d’étendre à tous les acheteurs d’œuvres françaises, quelle que soit leur qualité ou leur nationalité, l’obligation de recherche d’exploitation suivie prévue à l’article L. 132-27 du code de la propriété intellectuelle, qui incombe actuellement au seul producteur. Un mécanisme de déclaration préalable six mois avant la cession permettra au ministre de la culture, le cas échéant, de prévoir des obligations garantissant l’exploitation suivie des œuvres françaises de ces catalogues.

Le projet de loi apporte ainsi des réponses concrètes aux enjeux majeurs de la communication audiovisuelle que sont la protection des droits, notamment dans l’univers numérique, l’organisation de notre régulation et la défense de l’accès du public aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles françaises. Il reprend, en les renforçant, certaines des dispositions du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique présenté en décembre 2019, dont l’examen au Parlement a été interrompu en raison de la crise sanitaire.

2. Le projet de loi organique modifiant la loi organique n° 2010-837 du 23 juillet 2010 relative à l’application du cinquième alinéa de l’article 13 de la Constitution tire les conséquences de la transformation du Conseil supérieur de l’audiovisuel en Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, prévue dans le projet de loi relatif à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique.

L’EUIPO et Eurojust joignent leurs forces pour lutter plus efficacement contre la contrefaçon et le piratage

Le 15 mars, l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) et l’Agence de l’Union européenne pour la coopération en matière de justice pénale (Eurojust) ont signé un accord en vue de lutter plus efficacement contre la criminalité liée à la propriété intellectuelle, qui est « de plus en plus considérée comme liée à la criminalité organisée ».

Cet accord prévoit le renforcement des capacités d’Eurojust (750.000 euros supplémentaires jusqu’à la fin 2024), qui disposera de « capacités d’expertise supplémentaires » lui permettant de « prêter assistance pour les enquêtes complexes » dans les domaines de la contrefaçon et du piratage.

L’accord prévoit aussi le renforcement du réseau européen des procureurs dans le domaine de la propriété intellectuelle (amélioration des connaissances et de la recherche sur les modèles économiques qui sous-tendent les atteintes aux droits de propriété intellectuelle, sensibilisation des magistrats, élaboration et recensements de documents à jour permettant de répondre aux questions récurrentes sur les enquêtes et les poursuites relatives à la contrefaçon et au piratage).

Au cours des dernières années, Eurojust a accordé la priorité à la lutte contre les atteintes au droit d’auteur commises à grande échelle. Elle a notamment mené plusieurs opérations ciblant le piratage audiovisuel (démantèlement de réseaux criminels agissant dans les domaines du streaming et de la vidéo à la demande).

L’intensification de la lutte contre la criminalité liée à la propriété intellectuelle est d’autant plus nécessaire que la crise sanitaire a donné « un nouvel essor » à la contrefaçon, « avec la production et la distribution illégales de faux équipements de protection et de faux masques ».

Selon le directeur exécutif de l’EUIPO, Christian Archambeau, la lutte contre la contrefaçon devrait, « maintenant plus que jamais », redevenir une priorité.

Parallèlement à la signature de l’accord, l’EUIPO a publié un rapport sur la coopération judiciaire internationale dans les affaires d’atteintes aux droits de propriété intellectuelle commises sur Internet.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

Clément Beaune : la lutte contre la contrefaçon en Europe est « un enjeu crucial »

Par courrier en date du 14 janvier, j’avais attiré l’attention du secrétaire d’État chargé des affaires européennes, Clément Beaune, sur la lutte contre la contrefaçon.

J’avais notamment encouragé le Gouvernement à :

  • proposer l’inscription de la question de la lutte anti-contrefaçon à l’ordre du jour du sommet européen des consommateurs (15 mars) ;
  • réfléchir, avec ses partenaires européens, à la meilleure manière de mobiliser les associations de consommateurs, en vue d’améliorer la sensibilisation des citoyens de l’UE aux dangers de la contrefaçon ;
  • veiller à ce que la lutte anti-contrefaçon figure parmi les priorités du prochain cycle politique de l’UE pour lutter contre la grande criminalité internationale organisée, comme le propose la Commission européenne dans son plan d’action en faveur de la propriété intellectuelle.

Vous trouverez, ci-dessous, la réponse de M. Beaune, datée du 9 mars.

Monsieur le Sénateur,

Vous m’avez adressé un courrier le 14 janvier dernier afin d’appeler mon attention sur les problématiques liées à la lutte contre la contrefaçon en Europe. La contrefaçon est en effet un enjeu crucial, de par les liens qui existent entre contrefaçon et criminalité organisée, ainsi que de par ses conséquences économiques et de la menace qu’elle représente pour les droits, la sécurité et la santé des citoyens.

Pour cette raison, la France défend au niveau européen un renforcement de la coopération judiciaire et plus largement du cadre normatif en matière de lutte contre la contrefaçon.

Ces appels portent leurs fruits puisque, dans son plan d’action sur la propriété intellectuelle du 25 novembre dernier, la Commission a annoncé vouloir confier à l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) un rôle accru dans la lutte contre la contrefaçon et le piratage, et introduire une boîte à outils pour permettre aux ayant-droits, intermédiaires et organismes de contrôle de mieux agir, coopérer et échanger des informations. La France soutiendra pleinement ces initiatives ‘lorsqu’elles seront proposées. Par ailleurs, dans le cadre de la Stratégie sur l’union de la sécurité, la Commission européenne prépare actuellement un programme de lutte contre la criminalité organisée pour la période 2021-2025, sur lequel la France est pleinement mobilisée.

Engagée dans la lutte contre la contrefaçon des produits médicaux, la France fait en outre partie des six États membres ayant ratifié la convention du Conseil de l’Europe sur la contrefaçon de médicaments, dénommée MEDICRIME, et encourage ses partenaires européens à redoubler d’efforts pour en faire de même.

Mais la lutte contre la contrefaçon ne pourra être menée à bien que si nous renforçons la régulation de l’espace numérique afin d’offrir, en ligne, un niveau de protection des droits des consommateurs comparable à celui dont ils bénéficient hors ligne. A ce titre, la France est très impliquée dans les discussions concernant le Digital Services Act proposé par la Commission européenne en décembre dernier, et défend dans ce cadre la nécessité d’obligations spécifiques pour les places de marché de commerce électronique, au regard des responsabilités particulières qui sont les leurs, en particulier en matière de contrefaçon.

La réunion informelle des ministres en charge de la protection des consommateurs le 16 mars prochain, organisée par la Présidence portugaise dans le cadre du sommet des consommateurs, sera l’occasion pour la France de rappeler la nécessité de soutenir au niveau européen ces différentes initiatives contribuant au renforcement de la lutte contre la contrefaçon.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le sénateur, l’assurance de ma considération distinguée.

Clément BEAUNE

Faux sacs Hermès : de lourdes peines pour le réseau de contrefaçon

Le tribunal correctionnel de Paris a frappé fort ce mercredi. Une peine de six ans de prison ferme a été prononcée à l’encontre de l’organisateur de ce vaste trafic de sacs, contrefaits par des ex-salariés de la marque de luxe française.

Le Parisien, le 24 février 2021 à 20h11, par Ronan Folgoas

Des peines de prison ferme au-delà des réquisitions du parquet et des dommages et intérêts somptuaires, à hauteur d’environ 500 000 euros par personne. Le tribunal correctionnel de Paris a décidé de frapper fort ce mercredi à l’encontre de la vingtaine de prévenus dans l’affaire des contrefaçons de sacs Hermès, époque 2008-2012.

Le premier d’entre eux, considéré comme le grand organisateur, a été condamné à six ans de prison ferme et 1,5 million d’euros d’amende, sans parler du volet civil. Au début des années 2000, Romain C. était coupeur cuir pour le compte d’Hermès. Affecté sur le site de production de Pantin (Seine-Saint-Denis), cet ouvrier qualifié en avait été licencié en 2005. Trois ans plus tard, il mettait sur pied un réseau de fabrication parallèle de sacs Birkin, l’un des modèles emblématiques de la célèbre enseigne de luxe.

«Cela apparaît complètement disproportionné»

Jusqu’en 2012, lui et ses complices, pour l’essentiel des ex-salariés d’Hermès, auraient contrefait 400 exemplaires (313 en peaux de crocodile et 87 en cuir selon les estimations de la Justice) écoulés environ 20000 euros l’unité (pour les sacs en croco) dans le cadre d’un réseau de revente international dont les ramifications s’étendaient en Russie et jusqu’à Hongkong. Cette juteuse opération lui aurait rapporté un bénéfice personnel de 2,4 millions d’euros.

Domicilié en Australie, il fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt. « Compte tenu de l’extrême sévérité des peines, nous allons évidemment interjeter appel, indique son avocat Me Alexandre Lazarègue. Six ans de prison ferme pour une affaire vieille de dix ans dans laquelle il n’est pas question d’atteinte aux personnes mais d’atteinte aux biens et de délits économiques et financiers, cela apparaît complètement disproportionné ».

L’autre principal prévenu a été condamné à deux années de prison ferme (avec bracelet électronique), plus deux avec sursis. Daniel K., un sexagénaire domicilié à Asnières (Hauts-de-Seine), est reconnu coupable d’avoir joué un rôle essentiel dans la fourniture des peaux de crocodile. Le nerf de la guerre pour ces maroquiniers clandestins dont les ateliers français étaient établis à Colombier-Saugnieu (Rhône) et Miribel (Ain).

L’ex-chef d’entreprise devra en outre payer une amende de 400 000 euros (dont 200 000 euros avec sursis) et plusieurs de ses biens, dont le domicile familial d’Asnières, doivent être saisis. Daniel K., présent lors du délibéré, devrait lui aussi faire appel de sa condamnation.

Un marchand d’armes russe parmi les fidèles clients

En dehors de Romain C., deux autres ex-salariés de la marque française ont été condamnés à des peines de prison ferme (15 mois et 12 mois). « Les montants des dommages et intérêts sont tout à fait disproportionnés, réagit Me Patrick Hagège, l’avocat de l’un d’entre eux. C’est notamment pour cette raison que nous ferons appel ».


Douanes : plan d’action contrefaçons 2021-2022

Le 22 février, le ministre délégué chargé des comptes publics, Olivier Dussopt, a présenté le plan d’action douanier de lutte contre les contrefaçons pour la période 2021-2022.

Ce plan vise à renforcer l’application de la stratégie des douanes en matière de lutte contre la contrefaçon. Définie en 2018, cette stratégie donne la priorité à la lutte contre les contrefaçons dangereuses pour la santé ou la sécurité du consommateur, au démantèlement des réseaux criminels organisés ainsi qu’à la responsabilisation des titulaires de droits.

Selon M. Dussopt, cette stratégie « a fait ses preuves ». En 2020, les douanes ont intercepté 5,6 millions d’articles contrefaisants, soit une hausse de 20% par rapport à 2019. Dans 62% des cas, les contrefaçons ont transité par fret postal ou fret express.

Le ministre a par ailleurs rappelé que les contrefacteurs « sont en recherche perpétuelle de nouvelles opportunités ». La crise sanitaire a ouvert une brèche dans laquelle ils se sont engouffrés. L’an dernier, 272 000 masques de contrefaçon et 128 000 faux médicaments ont été saisis.

Au regard de « l’évolution des trafics de contrefaçons sur le commerce en ligne » et de « la nécessaire adaptation des moyens techniques », les douanes s’engagent à mettre en œuvre neuf mesures articulées autour de quatre objectifs.

1) Mieux coopérer avec tous les acteurs de la lutte contre la contrefaçon

Déterminées à lutter avec les acteurs du e-commerce contre la prolifération du phénomène, les douanes s’engagent à :

  • soutenir la mise en œuvre de mesures préventives et proactives par les places de marché et les réseaux sociaux ;
  • développer des protocoles de coopération ;
  • s’associer à une certification commune des places de marché avec la direction générale des entreprises (DGE).

En vue d’une coopération accrue entre acteurs institutionnels, les douanes s’engagent à :

  • renouveler la convention entre l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) et la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) ;
  • élargir et renforcer la collaboration interministérielle ;
  • renforcer le lien avec l’Office européen de la propriété intellectuelle (EUIPO) ;
  • porter au niveau européen la nécessité de lutter contre la contrefaçon.

Pour ce qui concerne la sensibilisation des entreprises et des consommateurs, les douanes s’engagent à :

  • adopter une coopération différenciée et adaptée aux titulaires de droits ;
  • monter des actions de communication auprès du secteur privé en organisant des « journées d’actions anti-contrefaçons » ;
  • sensibiliser les vendeurs et les acheteurs en ligne ;
  • intervenir spécifiquement auprès des jeunes sur les risques liés à la contrefaçon.

2) Renforcer la collecte et le traitement du renseignement

Afin d’améliorer la qualité et la quantité du renseignement nécessaire au ciblage, les douanes s’engagent à :

  • étendre localement le réseau de cyberdouaniers ;
  • mettre en place une meilleure exploitation des demandes d’intervention déposées par les titulaires de droits ;
  • redynamiser la collecte du renseignement ;
  • participer et soutenir les développements européens sur les dernières évolutions des systèmes douaniers.

En vue de développer de nouvelles techniques et de nouveaux outils d’analyse, les douanes s’engagent à :

  • développer l’exploration de données (data mining) ;
  • poursuivre les travaux européens menés dans le cadre du déploiement du dispositif « Import Control System 2 » (nouveau système d’informations anticipées sur les marchandises des douanes de l’UE) ;
  • explorer les possibilités techniques des systèmes de chaînes de blocs (blockchain), en lien avec les titulaires de droits et les travaux européens en cours sur ce sujet.

3) Une politique renforcée de contrôle et d’enquête

Au titre du recentrage de la politique de contrôle, les douanes s’engagent à :

  • apporter une réponse aux flux dédouanés dans les autres États membres ;
  • identifier les zones logistiques des métropoles et sociétés revêtant une sensibilité particulière ;
  • programmer des contrôles spécifiques ;
  • poursuivre la mobilisation des services douaniers responsables des contrôles dans les envois postaux et fret express.

S’agissant de la lutte contre les réseaux organisés, les douanes s’engagent à :

  • développer la nouvelle compétence « contrefaçon » pour la direction des enquêtes douanières (la nouvelle section « protection du consommateur et de l’environnement » de la DED est notamment chargée des produits dangereux pour la santé et la sécurité des personnes physiques) ;
  • poursuivre l’identification et le démantèlement de filières d’assemblage sur le territoire national ;
  • s’appuyer sur le réseau des attachés douaniers pour contribuer à la lutte contre la criminalité organisée transnationale ;
  • sensibiliser les parquets aux infractions liées à la propriété intellectuelle.

4) Adapter la politique contentieuse et les poursuites aux enjeux stratégiques

Convaincues de la nécessité d’engager des procédures adaptées en fonction des enjeux stratégiques, les douanes s’engagent à :

  • choisir, en cas de cumul d’infractions, la plus adaptée pour les besoins contentieux tout en notifiant les infractions connexes ;
  • adapter la politique contentieuse ;
  • poursuivre les actions de formation à destination des douaniers.

Pour ce qui concerne la responsabilisation des titulaires de droits, les douanes s’engagent à :

  • utiliser, dans le cadre d’une retenue, la mainlevée en cas de non-respect des obligations du titulaire de droits ;
  • suspendre la demande d’intervention en cas de non-respect des obligations du titulaire de droits ;
  • mieux orienter les titulaires de droits vers le bon interlocuteur douanier.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

Création d’un label pour les plateformes de vente en ligne vertueuses : ma lettre au secrétaire d’État chargé de la transition numérique

Le 7 décembre dernier, le Gouvernement a annoncé le lancement d’un label pour les plateformes de vente en ligne vertueuses au premier semestre 2021.

Dans une lettre datée du 19 février, j’attire l’attention du secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques, Cédric O, sur la nécessité de veiller à ce que les critères et conditions d’obtention du label soient les plus précis possible.

Monsieur le Ministre,

Vous avez récemment annoncé le lancement d’un label pour les plateformes de vente en ligne vertueuses au premier semestre 2021.

En ma qualité de président du Comité national anti-contrefaçon (CNAC), je tiens à saluer cette excellente initiative, qui permettra notamment d’orienter les consommateurs vers les places de marché en ligne qui contribuent à la lutte contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle.

Les critères et les conditions d’obtention du label doivent être présentés d’ici au mois de juin prochain. Aussi, je souhaite attirer votre attention sur la nécessité de veiller à ce que ces critères et conditions soient les plus précis possible.

Selon le premier bilan de l’application de la charte des acteurs du e-commerce, « toutes les places de marché signataires permettent le signalement d’une offre ou d’un produit suspect et agissent promptement dès qu’elles sont saisies ».

Cependant, les titulaires de droits considèrent que les délais de retrait des produits contrefaisants sont parfois trop longs. De plus, la notion de retrait dans les meilleurs délais est diversement interprétée par les plateformes. Quant aux obligations incombant aux places de marché, elles sont jugées trop imprécises, voire inexistantes sur certains points importants.

Vous remerciant d’avance pour l’attention que vous voudrez bien porter à la présente lettre, je vous prie de croire, monsieur le Ministre, à l’expression de ma haute considération.

Richard YUNG

Chiffres clés 2020 de la propriété industrielle

Le 9 février dernier, l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) a publié les chiffres clés 2020 de la propriété industrielle.

L’an dernier, le nombre de dépôts de demandes de marques a battu un nouveau record (106.115 dépôts, soit une hausse de 7,2% par rapport à 2019).

Le nombre de dépôts de dessins et modèles a quant à lui augmenté de 3,7% (5.903).

En revanche, le nombre de dépôts de demandes de brevets a enregistré une baisse de 9,5% (14.309).

Une nouvelle étude européenne confirme les avantages économiques des droits de propriété intellectuelle

Le 8 février, l’Office européen des brevets (OEB) et l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) ont présenté une étude conjointe intitulée « Droits de propriété intellectuelle et performances économiques des entreprises dans l’UE ».

Cette étude confirme l’existence d’une « forte relation positive » entre la détention de différents types de droits de propriété intellectuelle (brevets, marques, dessins ou modèles) par une entreprise et ses performances économiques [*].

Les entreprises qui détiennent au moins un droit de propriété intellectuelle (DPI) « génèrent en moyenne un chiffre d’affaires par salarié supérieur de 20% à celui réalisé par celles qui ne possèdent aucun droit de propriété intellectuelle ».

La relation positive entre les DPI et les performances économiques est encore plus prononcée pour les petites et moyennes entreprises (PME) titulaires de DPI. Leurs recettes par salarié sont en effet supérieures de 68% à celles des PME qui ne possèdent aucun DPI. Selon le président de l’OEB, António Campinos, « il existe un important potentiel inexploité pour les PME », qui sont moins de 9% à détenir un brevet, une marque, un dessin ou modèle. D’où la nécessité de permettre aux PME de protéger plus facilement leurs innovations grâce aux DPI.

Pour ce qui concerne les salaires, ils sont 19% plus élevés dans les entreprises détentrices de DPI.

Il est par ailleurs à noter que les brevets « sont le type de DPI qui, en moyenne, génère le plus de récompenses pour les entreprises et leurs salariés ».

L’information et la communication sont les secteurs qui recourent le plus aux DPI (18% des entreprises de ce secteur sont titulaires de DPI). Ils sont suivis par l’industrie manufacturière (14%) et d’autres activités de services (14%).

L’OEB et l’EUIPO appellent à la « prudence », considérant que les résultats de leur étude « ne constituent pas une preuve concluante du fait qu’encourager les entreprises à recourir davantage aux DPI entraînera une augmentation de leurs performances ». Il n’est en effet pas possible de distinguer les « mécanismes par lesquels le lien entre la propriété des DPI et les performances de l’entreprise peut fonctionner ».

Vous pouvez lire l’étude en cliquant ici.

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[*] Les indications géographiques et les obtentions végétales n’ont pas été incluses dans le champ de l’étude.