Archives de catégorie : Revue de presse

Un atelier de contrefaçon de Ferrari et Lamborghini démantelé en Espagne

Les voitures devenues des véhicules de luxe étaient vendues sur internet. La police espagnole a annoncé, dimanche 12 février, avoir démantelé un atelier clandestin dédié à la transformation de voitures de moyenne gamme en répliques des voitures de sport Ferrari et Lamborghini.

L’atelier a été démantelé à Sils, dans la province de Gérone, dans le nord-est de l’Espagne, au cours d’une opération policière à l’issue de laquelle trois Espagnols ont été arrêtés. La police a trouvé quatorze voitures à différentes phases de transformations, dont quatre sont des contrefaçons de modèles Ferrari et prêtes à être vendues.

Vendues comme voitures d’occasion

La police a également récupéré « diverses pièces, des éléments distinctifs des marques contrefaites, des moules pour les carrosseries, des compteurs kilométriques ainsi que de la documentation concernant ces véhicules ».

Après leur transformation, les véhicules étaient proposés sur des sites de ventes de véhicules d’occasion. La police avait lancé son enquête après avoir découvert une réplique de Ferrari dans la ville balnéaire de Benidorm.

franceinfo avec AFP, 12/02/2017

Plus de 1000 «fausses méningites» en RD Congo à cause de médicaments falsifiés

Plus de 1000 patients ont été victimes d’un médicament falsifié ou mal étiqueté en République démocratique du Congo, dont une majorité d’enfants. Onze personnes sont mortes.

En décembre 2014, plus de mille habitants du district d’Ituri, en République démocratique du Congo, furent victimes d’une étrange épidémie: des spasmes dans le cou interprétés comme des raideurs firent penser à une épidémie de méningite. Mais l’épidémiologie ne correspondait pas, et les autres symptômes cliniques de la méningite, notamment la fièvre, étaient absents. Parmi 83 patients chez qui le doute subsistait, une ponction lombaire fut réalisée: la bactérie Neisseria meningitidis, responsable de la méningite, ne fut retrouvée que chez 4 d’entre eux. C’est en regardant des vidéos de patients et en notant des troubles moteurs (dystonie) du tronc et de la face que des neuropédiatres soupçonnèrent une intoxication…

Au total, 1029 personnes furent hospitalisées entre décembre 2014 et août 2015 pour des dystonies ou des cas suspects de méningite, relatent dans le Lancet. Plus de 60% des patients étaient des enfants âgés de moins de 15 ans. Les dystonies sont rarement mortelles, précisent les auteurs, mais sont source d’inquiétude, de panique et de honte. Lors de cette épidémie, 11 patients décédèrent, dont 5 âgés de moins de 5 ans.

Un antipsychotique 20 fois trop dosé

Quel mystérieux produit avait bien pu provoquer cette épidémie? Des analyses toxicologiques de l’urine de 9 patients, et de 39 médicaments disponibles en pharmacie ou dispensés par un centre de santé gouvernementale furent réalisées. Verdict: de l’halopéridol, un neuroleptique antipsychotique, fut détecté dans tous les échantillons d’urine et dans 9 comprimés jaunes présentés comme contenant du diazépam, un anxiolytique de la famille des benzodiazépines fréquemment délivré dans la région, notent les auteurs, «pour traiter un large champ de maladies contre lesquelles le diazépam ne devrait pas être utilisé» («des troubles du sommeil aux maux de tête, en passant par le paludisme», précise le Dr Nicolas Peyraud, premier auteur de la publication, dans un communiqué de Médecins sans frontières).

La dose moyenne par comprimé était de 13,1 mg d’halopéridol, soit «20 à 25 fois la dose quotidienne maximale recommandée pour un enfant de 5 kilos», écrivent les auteurs.

Comprimés reconditionnés

«Il est plus que probable que ces comprimés étaient des médicaments contrefaits, délibérément et frauduleusement mal étiquetés», dénoncent les auteurs. Les comprimés semblaient venir d’un laboratoire indien commercialisant officiellement de l’halopéridol, mais auraient été reconditionnés dans des bouteilles estampillées «diazépam» et vendus par un distributeur basé à Kampala (Ouganda).
«Les systèmes de régulation médicale fragiles, des sanctions trop faibles, la corruption et des frontières poreuses rendent les populations extrêmement vulnérables aux médicaments toxiques ou sous-dosés», alertent les auteurs du Lancet, évoquant des «productions à échelle industrielle de versions falsifiées» des médicaments les plus utilisés.

Contrefaçon

Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait ainsi en 2010 que parmi 26 autorités de régulation sanitaires en Afrique, 14 «manquent de programme de surveillance qualité». En avril 2013, l’Organisation mondiale des douanes et l’Institut de recherche anti-contrefaçons de médicaments opéraient une saisie record dans 23 ports africains: plus d’un milliard de produits avaient été saisis en 10 jours, «et en particulier 550 millions de doses de médicaments illicites potentiellement dangereux voire mortels». Les plus gros volumes avaient été découverts en République Démocratique du Congo et au Togo. Un an plus tôt, un rapport de l’organisation douanière estimait que près de 10 milliards de médicaments contrefaits étaient chaque année introduits sur le continent africain pour une valeur de 3,85 milliards d’euros. Les auteurs du Lancet espèrent que cette «épidémie» congolaise serve d’appel d’alerte à la communauté internationale.

Soline ROY


lefigaro.fr (20/01/17)

Contrefaçon : Alibaba se retrouve dans le viseur des États-Unis

Encore un mauvais coup de pub pour Alibaba, le géant chinois de l’e-commerce. Son site Taobao a rejoint la liste noire américaine des plateformes permettant la vente de produits contrefaits.

Rebelote. Taobao, l’eBay chinois détenu par Alibaba, a été placé mercredi dans la liste noire du représentant spécial au Commerce extérieur américain (USTR). Il recense annuellement les « marchés notoirement réputés » pour « permettre et faciliter la vente de produits contrefaits ». L’objectif: interpeller les entreprises concernées et les gouvernements.

La plateforme chinoise avait déjà rejoint la liste noire de l’agence américaine en 2011, avant d’en sortir un an plus tard. Alibaba avait ensuite déclaré avoir dépensé 160 millions de dollars entre 2013 et 2014 pour traquer la contrefaçon sur ses plateformes, rapporte le Financial Times. Insuffisant pour l’agence américaine. L’USTR dénonce un niveau « élevé inacceptable » de produits contrefaits disponibles sur Taobao, qui propose un milliard d’articles à la vente. En octobre dernier, l’Association américaine du vêtement et de la chaussure – qui représente 1.000 marques dont Calvin Klein et Abercrombie and Fitch – incitait « vivement » l’USTR à réintégrer Taobao dans sa liste noire.

La contrefaçon constitue une « grave menace économique pour les industries créatives et innovantes américaines » et pose « parfois des menaces pour la santé publique », selon l’agence américaine. « Un grand constructeur automobile a déclaré qu’au moins 95% de la marchandise portant le nom de sa marque et de ses marques de commerce sur les plateformes d’Alibaba est suspectée d’être contrefaite », illustre l’USTR.

380 millions de produits retirés de la vente

Si cette liste ne permet pas de sanctionner directement Taobao, elle porte un nouveau coup à la réputation du groupe Alibaba – régulièrement enlisé dans des affaires de contrefaçon. « Nous sommes très déçus par la décision de l’USTR (…) qui ignore le travail réalisé par Alibaba pour lutter contre la contrefaçon », déclare dans un communiqué Michael Evans, président du groupe Alibaba. « Nous nous demandons si l’USTR a agi en fonction des faits réels ou a été influencé par le climat politique actuel », faisant allusion aux réflexions hostiles de Donald Trump envers la Chine.

Le groupe Alibaba avait adressé une lettre à l’agence américaine en octobre dernier, rapporte Bloomberg. Il assurait avoir retiré 380 millions de produits en douze mois. « En 2016 seulement, nous avons éliminé de manière proactive deux fois plus de produits contrefaits qu’en 2015 », assure Michael Evans. En 2015, Alibaba a fait face à une plainte du groupe Kering (Gucci, Yves Saint Laurent…) quelques mois après avoir été critiqué en Chine. Lors d’une inspection menée par l’Administration d’Etat pour l’industrie et le commerce (AEIC) chinoise, il est apparu que seuls 37,3% des produits étaient « authentiques » sur Taobao – quand les autres sites ont obtenu en moyenne quelque 58%.
Anaïs Cherif

latribune.fr/Reuters (23/12/16)

Contrefaçons : Bercy veut en savoir plus

En pleine période d’échange de cadeaux, Bercy boucle une double enquête sur la contrefaçon. Ce marché mondial de près de 500 milliards d’euros constitue la deuxième source de revenus criminels. La France n’est pas épargnée, elle est à la 3e place des pays les plus touchés ces dernières années.

C’est de pire en pire. Les douanes ont saisi en France l’an dernier un nombre impressionnant d’articles de contrefaçon. 7 700 000 objets contrefaits. 800 000 seulement en 2002. Et ces imitations coûtent chaque année près de 40 000 emplois à la France, bien au delà du luxe et du textile comme ça a longtemps été le cas. Aucune PME n’est à l’abri: médicaments, cosmétiques, lunettes, jouets, produits multimédias et même de l’agroalimentaire ou Tickets-Restaurant… 53% des entreprises se sentent directement concernées d’où ces deux enquêtes inédite. Sur son portail internet, Bercy a carrément lancé un appel à témoigner.

Vaincre l’omerta autour de la contrefaçon

Tout le monde est appelé à s’exprimer. D’abord les consommateurs pour mieux cerner ce qu’ils perçoivent du problème en une dizaine de questions. Bercy leur demande par exemple: Au cours des 12 derniers mois, avez-vous acheté des contrefaçons ? Pensez vous que les consommateurs ont un rôle à jouer dans la lutte contre ce phénomène ?

Du côté des entreprises, Bercy leur demande quels sont leurs produits les plus touchés par la contrefaçon, on ne parle que des biens matériels, quelles pertes de parts de marché ça entraine ? Comment l’entreprise lutte-t-elle contre ce fléau ? Et au bout d’une trentaine de questions, Bercy propose même un entretien privé plus poussé pour littéralement disséquer le cas de cette entreprise volontaire.

Un phénomène difficile à mesurer

Il n y’a quasiment pas de statistiques sur la contrefaçon et pour cause, tout est clandestin. Donc l’idée est de comprendre parfaitement comment ça marche et pourquoi, de manière à lutter efficacement. Il faut donc un panel volontaire d’au moins 40 entreprises concernées. Anonymat garanti. Les témoins ont encore quelques jours pour répondre aux questions. Mais selon Bercy, entreprises comme consommateurs se sont prêtés à l’exercice depuis deux mois. Reste maintenant à analyser toutes ces informations dans la plus grande confidentialité. Cela devrait prendre plusieurs mois.

francetvinfo.fr (28/12/16)

L’indication géographique assoit la renommée du siège de Liffol

La commune vosgienne décroche la première indication géographique pour ses sièges.

Début décembre, les séculaires sièges de Liffol-le-Grand (Vosges) ont grillé la politesse à des concurrents bien plus connus qu’eux. Encadrés par le Pôle lorrain d’ameublement bois (Plab), une vingtaine d’entreprises ont décroché la première indication géographique (IG) de France. Décerné par l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi), cet équivalent de l’AOC s’est ouvert en juin 2015 aux produits manufacturés pour attester de leur caractère spécifique et historique. Dès lors, les fabricants lorrains ont fait antichambre dans les couloirs de Bercy, porteurs de sièges – un modèle ancien, l’autre contemporain – pour revendiquer un savoir-faire inégalé en Europe. Fabriqués à Liffol-le-Grand et aux alentours depuis cent cinquante ans, les sièges locaux font appel à 13 métiers et requièrent 22 étapes, du débillage au toupillage en passant par le chantournage.

Basés sur un territoire englobant 165 communes aux confins des Vosges, de la Meuse et de la Marne, les 25 fabricants labellisés Siège de Liffol totalisent 500 salariés et réaliseront cette année 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Ces entreprises pourtant concurrentes ont démontré leur capacité à se coordonner et n’ont mis que huit mois pour s’entendre sur un cahier des charges commun », souligne Didier Hildenbrand, directeur du Plab. L’association orchestre depuis un quart de siècle la promotion collective de ses membres, organisant aussi bien des expositions dans des musées que des représentations groupées lors de Salons internationaux. Dessinés par Philippe Starck, Alberto Pinto ou Jean-Michel Wilmotte, les sièges de Liffol agrémentent les hôtels de luxe, les yachts ou jets privés ou les intérieurs de très riches particuliers.

« Lors du lancement de l’indication, nous avons identifié un potentiel de 200 labels et traitons actuellement une première vague d’une cinquantaine de candidatures », indique Jean-Marc Le Parco, directeur général adjoint de l’Inpi. Parmi les dossiers les plus avancés figurent le granit de Bretagne, les espadrilles de Mauléon et les savons de Marseille – qui font l’objet de deux candidatures concurrentes.

Pour les espadrilles, le débat est vif avec le maire de Mauléon, où sont implantés six fabricants. L’élu de la cité basque a émis un avis défavorable auprès de l’Inpi, considérant que le fait que les semelles soient fabriquées pour la plupart au Bangladesh pose un problème. « Faire les semelles de A à Z est pour l’instant économiquement et matériellement impossible », a répliqué Francis Tauzin, le président de l’association Soule espadrilles, qui regroupe les trois quarts des fabricants de la région.

Une transparence bienvenue

Les dentelles de Calais-Caudry, les couteaux Laguiole ou les tapisseries d’Aubusson sont également entrés en lice. Sur le terrain encore quasi vierge des labellisations industrielles, l’homologation IG constitue une protection contre la fraude et garantit aux consommateurs l’origine et le mode de fabrication des produits – une transparence bienvenue lorsque certains points de vente affichent aux mêmes prix des produits originaires de France et leurs équivalents originaires de pays à bas coût.

Dans le domaine de l’agroalimentaire, la France compte 122 IGP et 98 % de la viticulture est organisée autour de 366 vins AOP-AOC (appellations d’origine protégées ou contrôlées), 74 IGP, et 54 IG d’alcools (cognac…), qui lient les appellations à un territoire délimité et/ou à des techniques de fabrication très précises.

Pascale Braun
Correspondante à Metz

Les Échos (20/12/16)

Les jouets, cibles de la contrefaçon

À quelques semaines des fêtes, alors que les achats de cadeaux commencent, l’Union européenne tire la sonnette d’alarme sur la contrefaçon. Les jouets, avec les sacs à main et les bijoux font partie des secteurs les plus touchés. Ces faux jouets font perdre 12,3% des ventes dans l’UE, soit 1,42 milliard d’euros. Au global, selon l’Office européen pour la propriété intellectuelle, le coût de la contrefaçon est estimé à plus de 48 milliards d’euros. Ce qui se traduit par la suppression ou la non-création de 790.000 emplois.

Dominique Chapuis

lesechos.fr (09/12/16)

Lutter contre la contrefaçon de composants électroniques

La moitié des fabricants de semi-conducteurs ont été confrontés à des détournements de leurs technologies. Pour éviter les copies illicites, les chercheurs mettent au point des empreintes digitales qui rendent chaque puce unique et traçable.

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | • Mis à jour le | Par David Larousserie

Depuis l’été, il est possible de se procurer la dernière version d’une clé USB qui… détruit les ordinateurs. Cette « tueuse » largue brièvement des charges électriques dans les composants qui ne s’en remettent pas. Récemment, le concept est devenu plus malveillant ­encore avec des clés vendues sous des marques connues, pour tromper les acheteurs. Ce n’est que l’un des derniers avatars des méfaits de la contrefaçon des circuits électroniques, mémoire, transistors, processeurs, composants analogiques… qui ne cessent d’augmenter.

Mark Tehranipoor, professeur en cybersécurité à l’université de Floride et spécialiste de ces questions, rappelle dans ses derniers articles que la quantité recensée de contrefaçons a quadruplé depuis 2009. La moitié des fabricants de semi-conducteurs auraient en outre déjà été confrontés à ce problème. « Deux très importants industriels du domaine aéronautique m’ont parlé de composants électroniques et de circuits intégrés contrefaits dans leurs approvisionnements, notamment de circuits intégrés qui semblaient tout à fait authentiques… mais qui étaient ­vides ! », rapporte Lilian Bossuet, enseignant-chercheur à l’université de Saint-Etienne.

Un marché émergent

Le 5 décembre, pour ses travaux de lutte contre les circuits contrefaits, il a reçu le Grand Prix de l’électronique Général Ferrié de la Société française d’électronique, d’électricité et des technologies de l’information et de la communication. Il cite des estimations de l’ordre de 7 % à 10 % de pertes, dues aux contrefaçons, sur plus de 330 milliards de dollars (309 millions d’euros) de chiffre d’affaires pour cette industrie en 2015. Les premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme à partir de 2010 sont les militaires américains. Un rapport de 2014 recense des composants défectueux dans les systèmes de vision infrarouge d’hélicoptères, dans le dégivrage d’avions de patrouille, l’affichage des données de vol d’un avion de transport…

« Ce qui est alarmant, c’est qu’un composant coûtant moins de 2 dollars peut compromettre l’intégralité d’un système coûtant plus de 10 millions de dollars, comme le rappellent souvent les responsables des programmes d’armement américains », souligne Jérome Rampon, directeur d’Algodone, jeune entreprise française qui propose des solutions anticontrefaçon. « Certes, les secteurs-clés comme la défense, l’énergie, la ­finance… sont les plus sensibles, mais le grand ­public aussi peut être touché si les systèmes contrefaits contiennent des virus par exemple, estime Mark Tehranipoor. On manquait de recherches sur le sujet jusqu’à récemment, mais il y en a de plus en plus et les fabricants ont pris conscience du problème. » Sur ce marché émergent, plusieurs start-up apportent dessolutions : Intrinsic-ID, Verayo, ICTK, Quantumtrace, Invia…

Mais comment peut-on copier un circuit électronique ? En volant les plans, pour reproduire le composant. Ou bien, plus technique, en l’étudiant par rétro-ingénierie afin d’en percer les secrets. Plus courant est ce qui se passe dans les chaînes de production, qui sont de moins en moins la propriété des entreprises conceptrices. Celles-ci commandent une certaine quantité de circuits à un tiers, qui peut très bien en fabriquer plus pour alimenter un second marché. Enfin, solution la plus économique, le recyclage et le maquillage de composants, tirés des déchetteries, en produits ayant l’apparence du neuf ou des derniers modèles.

Contrôler la chaîne de production

L’industrie a d’abord réagi en développant des contrôles (optique, électrique, par rayons X…) pour vérifier si les composants sont bien authentiques ; ce qui n’est pas toujours simple. Puis elle en est venue à des parades plus directes : mieux contrôler la chaîne de production, ajouter des compteurs de longévité afin de limiter le recyclage illégal, camoufler des circuits sous de fines couches de matière ou ajouter des transistors inutiles.

Plus récemment, d’autres idées sont apparues : doter les circuits de l’équivalent d’empreintes ­digitales, uniques et stables dans le temps. Ces techniques exploitent le fait que les procédés de fabrication de la microélectronique ont beau être très précis, il existe en réalité d’infimes différences de comportement entre toutes les pièces. Par exemple, lorsqu’une mémoire vive (RAM) se rallume, ses cellules se mettent aléatoirement dans les états 0 ou 1, mais identiquement à chaque fois. Intrinsic-ID utilise ce principe pour « signer » ces mémoires depuis 2008. D’autres ont proposé d’ajouter des mini-horloges dont la ­cadence d’oscillation, aléatoire du fait de la fabrication, serait propre à chaque circuit.

Et comme souvent en matière de sécurité, des chercheurs ont montré qu’il était malgré tout possible de cloner ces parades et donc de leurrer un fabricant. C’est ce qu’a fait Lilian Bossuet en 2013, avant de proposer en 2015 une autre technique utilisant différemment les mini-horloges et qui reste pour l’instant inviolée. Seule une centaine de transistors supplémentaires est ajoutée, ce qui est dérisoire par rapport aux milliards que contiennent les puces désormais.

Étape préindustrielle

Au CEA, une autre solution a été étudiée pour gêner la rétro-ingénierie. En « écoutant » un processeur qui calcule, par exemple en surveillant sa consommation électrique, il est possible d’en ­déduire les opérations qu’il effectue, voire d’extraire des chiffres secrets utilisés lors d’un chiffrement. La solution Cogito, défendue par ­Damien Couroussé du CEA Grenoble, consiste à modifier le programme de calcul aléatoirement… tout en donnant toujours la bonne ­réponse. Exemple trivial : au lieu d’effectuer une multiplication par dix, le programme peut faire dix additions. « Cette génération dynamique de code servait d’abord pour améliorer les performances de calcul mais on a réalisé qu’elle permettait aussi de lutter contre ces attaques visant à percer les secrets des puces », indique le chercheur, qui estime être dans une étape préindustrielle.

Son confrère Lilian Bossuet est encore plus proche de la commercialisation grâce à sa collaboration avec Algodone, qui fait suite au projet ­Salware, financé notamment par l’Agence nationale de la recherche. « Nous sommes les premiers à proposer pour le matériel ce qui existe déjà pour les logiciels, à savoir une licence d’exploitation. S’il ne dispose pas d’une clé, l’utilisateur ne peut se servir du circuit ainsi protégé », indique Lionel Torres, ­cofondateur de cette société et professeur à l’université de Montpellier, qui travaille aussi avec Intrinsic-ID. L’astuce consiste à ajouter avec parcimonie des portes logiques dans des ­endroits-clés du circuit afin d’en bloquer le fonctionnement, et à le débloquer dès lors que la bonne série de chiffres est entrée dans le composant. Une approche parmi d’autres. Mais pour Mark ­Tehranipoor , « plus on avance, plus les contrefacteurs progressent. C’est une course sans fin ».

Lire aussi sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/12/05/lutter-contre-la-contrefacon-de-composants-electroniques_5043610_1650684.html

La contrefaçon, arme de destruction massive

Avec Internet, la circulation des produits contrefaits augmente, détruisant 2,5 millions d’emplois par an.

La fermeture par la gendarmerie nationale, lundi 28 novembre, du site Internet de téléchargement illégal Zone Telechargement avec ses 75 millions d’euros de préjudice pour les ayants droit, en est un des meilleurs exemples.

Le marché de la contrefaçon dans son ensemble coûte chaque année 167 milliards d’euros aux pays de l’Union européenne (UE). C’est ce qui ressort du vaste rapport dont Le Monde a eu l’exclusivité, vendredi 2 décembre, sur l’impact de la contrefaçon sur l’économie et l’emploi à l’échelle internationale conduite par le Centre de recherche économique et des affaires (CEBR) à la demande de NetNames, un groupe anglo-saxon spécialisé dans la protection des marques sur Internet.

En France, le marché de la contrefaçon est estimé, selon l’étude, à 7,3 milliards d’euros par an, soit 0,3% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Pour l’économie française, cela représente jusqu’à 6 milliards d’euros de manque à gagner global par an, quand ces pertes annuelles en recettes fiscales et dépenses sociales atteignent 62 milliards de dollars (58,2 milliards d’euros) pour l’ensemble des gouvernements du G20.

Une des ressources préférées du terrorisme

Outre la responsabilité d’un million de décès par an, la contrefaçon pèse directement et indirectement sur les économies. Elle est responsable, précise le document, de la perte de 2,5 millions d’emplois par an dans le monde, dont 26.300 emplois en France, et 107.500 emplois en Allemagne. « Ce pays, le plus touché en Europe et le second au niveau mondial après les Etats-Unis, se distingue par un nombre important de brevets déposés et une qualité de production visée par la contrefaçon », explique Élise Léron, directrice de compte chez NetNames.

Selon le rapport, le pays le plus atteint reste les États-Unis, avec un marché de 225.000 millions de dollars (1,3% du PIB) et la perte de 750 000 emplois par an, et le moins touché est le Danemark avec 222 millions de dollars (0,1% du PIB).
Le marché mondial de la contrefaçon, qui reste l’une des ressources préférées du terrorisme et du crime organisé pour son faible risque, a été estimé en 2014 par l’International Chamber of Commerce (ICC), à 1.700 milliards de dollars, soit plus que le PIB de certains pays comme l’Autriche, la Belgique et la Suède.

Les réseaux sociaux jouent un rôle d’accélérateur

Et il s’est fortement développé avec Internet. En 2001, il était évalué à 350 milliards de dollars par l’ICC et, en 1982, à 5,5 milliards de dollars par l’International Trade Commission. « Sur Internet, les produits contrefaits représentent 10% du commerce en ligne », rappelle Mme Léron. La mondialisation a complexifié le suivi et l’interception des expéditions de biens contrefaits et le développement du libre-échange à facilité leur distribution, indique le rapport.

Dans ce contexte, le développement des réseaux sociaux a joué un rôle d’accélérateur. « Le côté communautaire apporte de la crédibilité à l’annonce frauduleuse, d’autant plus que les fraudeurs peuvent acheter des fans à Facebook », juge Mme Léron.

Sur Internet, les contrefaçons sont de toutes natures et de plus en plus nombreuses : en échange d’informations personnelles, vous pouvez vous voir proposer un (faux) gain potentiel de 100 euros en achats chez Super U.

Vous pouvez aussi succomber à des offres pour des imitations d’iPhone à… 89 euros ou des fausses Ray-Ban à prix cassés. Où vous pouvez être piégés par un nom de domaine falsifié faisant croire à celui d’une banque française vous invitant à vous reconnecter. Ainsi, « 1.500 faux sites de banques sont mis en ligne chaque jour en France », souligne Mme Léron et 37% des Français ont déjà acheté un produit contrefait sans le savoir.

30 % des médicaments vendus

Certains secteurs sont plus ciblés que d’autres par les contrefacteurs. Selon l’étude, ce sont les médicaments, l’électronique et l’alimentaire dont les revenus mondiaux cumulés issus de la contrefaçon (418 milliards de dollars) dépassent ceux provenant des marchés noirs de la prostitution (186 milliards de dollars) et de la marijuana (142 milliards de dollars). Dans le monde, 30 % des médicaments vendus sont des faux.
Et il existe pour 49 milliards de dollars de produits contrefaits dans l’alimentaire, des plus anodins comme l’étiquetage d’un vin mousseux en champagne jusqu’à des pratiques menaçant la santé, comme « l’utilisation d’antigels, de produits de nettoyage et de dissolvants dans des alcools de contrefaçon », précise l’étude.

La Chine continentale reste la principale zone de production et d’exportation avec 80 % des saisies aux frontières de l’Europe en 2015, mais Hong Kong, les Émirats arabes unis et la Turquie sont également pointés du doigt.

L’impact sur la réputation des marques et des produits reste complexe à quantifier. « D’autant que certaines contrefaçons sont vendues au même prix, ce qui laissera penser que les produits sont de mauvaise qualité, explique Mme Léron. Or en règle générale, une personne mécontente en parle à huit personnes, tandis qu’une personne contente en parle à trois, au titre du bon rapport qualité/prix. Et cette mauvaise image est très difficile à effacer pour les marques. »

Vers une croissance de 20% par an

Si aucune action d’ampleur n’est décidée, la contrefaçon pourrait croître « de 20% par an dans les prochaines années, selon Mme Léron. D’autant que l’on ne mesure pas l’ampleur du progrès technologique comme la démocratisation des imprimantes 3D qui va devenir un véritable problème pour les grandes marques. Les particuliers vont pouvoir reproduire des articles en grande quantité sans aucun contrôle. C’est seulement lors de leur phase de distribution, quand ils vont créer une vitrine sur Internet pour vendre ces produits, que l’on pourra peut-être les intercepter. »

Sans compter la profusion d’extensions de noms de domaine (.fr, .com, .net, .paris…) avec lesquels les faussaires peuvent jouer et qui coûteraient trop cher à déposer dans leur intégralité pour une même marque.

Selon la Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (Icann) et l’Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic), les instances de contrôle du Web, la croissance mondiale du marché des noms de domaine était de 6,5% en 2014 avec plus de 158,6 millions de noms déposés.

Cécile Prudhomme

Le Monde Économie (03/12/16)

Contrefaçons: 4.500 sites internet fermés

L’office européen de police Europol a annoncé aujourd’hui que plus de 4.500 noms de domaines internet spécialisés dans le commerce de contrefaçons, souvent via des réseaux sociaux, avaient été saisis par les autorités de 27 pays, pour la plupart européens.

Europol a annoncé le même jour à son siège à La Haye le lancement d’une campagne baptisée « Don’t F***(AKE) Up » (pas de contrefaçons…) visant à empêcher les sites spécialisés de vendre des contrefaçons sur internet. « L’immédiateté et l’anonymat permettent de vendre pratiquement n’importe quoi n’importe quand et à n’importe qui sur internet. Les contrefacteurs le savent et exploitent de plus en plus ces possibilités », a souligné Europol dans un communiqué. « Bien que les produits en question paraissent représenter une affaire, il peuvent poser de sérieux risques pour la santé et la sécurité des acheteurs », a souligné l’office européen.

Les polices européennes, mais aussi des États-Unis, de pays d’Amérique latine ou de Hong Kong ont participé à cette opération annuelle. Les quelque 4.500 sites internet fermés commercialisaient toutes sortes de produits, « de luxe, de sport, des pièces détachées, de l’électronique, des produits pharmaceutiques, des articles de toilette, et d’autres produits contrefaits », a ajouté Europol.

L’office, qui n’a pas précisé la durée de cette opération, s’est félicité qu’il y ait eu « un accroissement important du nombre de domaines internet saisis par rapport à l’année dernière ». Dans le cadre de cette opération, la police anti-fraude néerlandaise a indiqué avoir arrêté 12 personnes ces deux dernières semaines. Plus de 3.500 vêtements, chaussures, sacs, parfums ou autres faux produits de luxe ont été saisis aux Pays-Bas, pour une valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

La plupart des descentes de police ont fait suite à des ventes en ligne de produits contrefaits via des réseaux sociaux comme Facebook et Instagram.

lefigaro.fr/AFP (28/11/16)