Brevet européen à effet unitaire et juridiction unifiée du brevet: dépôt du projet de loi ratifiant l’ordonnance du 9 mai 2018

Lors du conseil des ministres du mercredi 24 octobre, la garde des sceaux a présenté le projet de loi ratifiant l’ordonnance du 9 mai 2018 relative au brevet européen à effet unitaire et à la juridiction unifiée du brevet (JUB).

Vous trouverez, ci-dessous, l’extrait du compte rendu du conseil des ministres relatif à ce texte.

La garde des sceaux, ministre de la justice, a présenté un projet de loi portant ratification de l’ordonnance n° 2018-341 du 9 mai 2018 relative au brevet européen à effet unitaire et à la juridiction unifiée du brevet.

Cette ordonnance s’inscrit dans le cadre de la loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIème siècle ayant habilité le Gouvernement à prendre des mesures relevant du domaine de la loi pour mettre en œuvre l’Accord sur une juridiction unifiée du brevet, signé à Bruxelles le 19 février 2013, et pour assurer la compatibilité de la législation avec les deux règlements (UE) n° 1257/2012 et n° 1260/2012 du 17 décembre 2012 adoptés à l’issue d’une procédure de coopération renforcée entre États membres dans le domaine de la création d’une protection unitaire conférée par un brevet.

C’est pour répondre aux inconvénients du système actuel du brevet européen que ces textes formant le « paquet brevet » ont été adoptés. Actuellement, la protection octroyée par un brevet européen n’a pas d’effet automatique dans les 38 États parties à la convention de Munich du 5 octobre 1973 car le brevet européen est constitué d’une pluralité de brevets nationaux. Ce système engendre des frais importants pour les titulaires de brevets. De plus, en cas d’atteinte à ses droits sur le territoire de plusieurs États membres de l’Union, le titulaire d’un brevet européen est souvent contraint de saisir plusieurs juridictions nationales.

Le brevet européen à effet unitaire institué par le règlement précité n° 1257/2012 confèrera à son titulaire une protection de son innovation uniforme dans les 26 États participants à la coopération renforcée, tout en réduisant significativement les coûts pour les entreprises et les particuliers. Une juridiction unique commune à ces États membres, la juridiction unifiée des brevets, sera exclusivement compétente pour connaître des actions relatives au brevet européen à effet unitaire et pour connaître, à terme, des actions relatives aux brevets européens. Les titulaires de brevets bénéficieront de décisions rapides et exécutoires sur l’ensemble des territoires des États membres participants. La création de cette nouvelle juridiction permettra ainsi de renforcer la sécurité juridique des titulaires de titres, d’améliorer la lutte contre la contrefaçon et de diminuer les frais de procédure. La France accueillera le siège de la division centrale du tribunal de première instance et son premier président sera français.

L’ordonnance modifie le code de la propriété intellectuelle, en prévoyant, notamment, l’articulation entre les différents brevets, la compétence exclusive de la juridiction unifiée du brevet, la diffusion aux tiers par l’Institut national de la propriété industrielle des informations relatives au brevet européen à effet unitaire et l’extension des effets de ce brevet aux territoires d’outre-mer.

Ainsi la législation française sera parfaitement adaptée lorsqu’interviendra l’entrée en vigueur de l’accord sur la juridiction unifiée du brevet, ratifié par la France par la loi n° 2014-199 du 24 février 2014 autorisant la ratification de l’accord relatif à une juridiction unifiée du brevet.

L’ensemble du dispositif constitue une avancée considérable pour favoriser les investissements dans la recherche et la compétitivité des entreprises.

Visite aux Ateliers Louis Vuitton

Hier, avec quelques collègues parlementaires, nous avons été invités à une visite des ateliers Louis Vuitton.

Louis Vuitton est une des marques les plus connues, et les plus contrefaites aussi.

Une qualité de très haut niveau dans l’ensemble des travaux : menuiserie, peausserie, serrurerie, entoilage au célèbre monogramme. Des artisans de la plus haute qualité et une contribution considérable à l’exportation française.

Réforme de la justice: le Sénat n’a pas adopté mes amendements relatifs au contentieux de la propriété intellectuelle

Le 23 octobre, le Sénat a adopté le projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice ainsi que le projet de loi organique relatif au renforcement de l’organisation des juridictions.

Le projet de loi de programmation prévoit notamment une extension de la possibilité de recourir à l’enquête sous pseudonyme « à tous les crimes et aux délits punis d’une peine d’emprisonnement lorsque ces infractions sont commises par un moyen de communication électronique » (article 28). Grâce à cette disposition, les officiers et agents de police judiciaire de la gendarmerie nationale pourront, à l’instar des douaniers, procéder à des « coups d’achat » dans le cadre de la lutte anti-contrefaçon. Concrètement, ils pourront acquérir, par le biais d’Internet, une certaine quantité de produits soupçonnés de constituer des contrefaçons afin de vérifier si la contrefaçon est ou non avérée. Ces actes pourront être effectués par des enquêteurs qui, d’une part, auront été habilités par le procureur général près la cour d’appel dans le ressort de laquelle ils exercent habituellement leurs fonctions et, d’autre part, auront suivi une formation spécifique. Je me réjouis de cette disposition.

En revanche, je regrette que le Sénat n’ait pas adopté mes trois amendements relatifs au contentieux de la propriété intellectuelle.

Mon premier amendement visait à concrétiser une recommandation que mon ancien collègue Laurent Béteille et moi avions formulée en 2011 dans un rapport d’information sur l’évaluation de la loi du 29 octobre 2007 de lutte contre la contrefaçon. Cette loi avait marqué une étape très importante dans la spécialisation des juridictions civiles en matière de propriété intellectuelle. À l’initiative du Sénat, elle avait notamment renvoyé au pouvoir réglementaire le soin de confier une compétence exclusive à certains tribunaux. Le TGI de Paris est ainsi seul compétent pour les brevets d’invention, les certificats d’utilité, les certificats complémentaires de protection et les topographies de produits semi-conducteurs. Par ailleurs, dix TGI, dont celui de Paris, connaissent des actions relatives aux autres titres de propriété intellectuelle.
Cette concentration des compétences présente de nombreux avantages. Non seulement elle améliore le fonctionnement de l’institution judiciaire, mais elle est aussi un élément essentiel du rayonnement international du droit français et de l’attractivité juridique du territoire français, dans un contexte de forte concurrence des systèmes juridiques nationaux.
Il ressort de l’analyse du volume des dossiers traités par chacun des dix TGI spécialisés que cinq TGI traitent moins de 5% du contentieux de la propriété intellectuelle. Cette situation n’est pas satisfaisante au regard de la technicité du contentieux concerné et de l’impérieuse nécessité d’assurer une justice de qualité.
Afin d’y remédier, j’ai proposé de réduire de moitié le nombre de TGI pouvant être désignés pour connaître des actions en matière de marques, de dessins et modèles, d’indications géographiques, d’obtentions végétales et de propriété littéraire et artistique. Ce renforcement de la spécialisation des juridictions civiles permettrait notamment d’harmoniser la jurisprudence.
Pour ce qui concerne le contentieux marginal des obtentions végétales, j’ai proposé de le confier au seul TGI de Paris. Le nombre minimal de TGI spécialisés en matière d’obtentions végétales a certes été supprimé du code de la propriété intellectuelle en 2011. Cependant, le tableau V annexé à l’article D. 211-5 du code de l’organisation judiciaire indique que dix TGI sont toujours compétents pour connaître des actions en matière d’obtentions végétales. Cela n’est pas raisonnable lorsque l’on sait que ce contentieux représente en moyenne une dizaine d’affaires par an.
La garde des sceaux, Nicole Belloubet, a été « sensible » à cet amendement, qui va dans le sens de la réforme qu’elle porte, à savoir « la recherche d’une spécialisation pour des contentieux techniques et de volumétrie relativement faible ». Cependant, elle a considéré que « les dispositions proposées relèvent du domaine réglementaire, et non du domaine de la loi ».

Mon deuxième amendement visait à concrétiser une autre recommandation de mon rapport d’information de 2011. Il partait du constat de l’insuffisance de la réponse pénale au phénomène de la contrefaçon ordinaire, c’est-à-dire les délits de contrefaçon autres que ceux présentant une grande complexité. Les juridictions répressives se voient reprocher leur manque de fermeté, tant sur les sanctions pénales que sur les indemnisations civiles.
Cette timidité de la réponse pénale s’explique notamment par l’absence de spécialisation des juridictions répressives. Elle est par ailleurs la principale raison pour laquelle les juridictions répressives sont peu saisies d’atteintes aux droits de la propriété intellectuelle.
Afin de remédier à cette situation préjudiciable aux titulaires de droits, j’ai proposé de confier à cinq tribunaux correctionnels une compétence exclusive pour les dossiers « simples » de contrefaçon.
En revanche, je n’ai pas proposé pas de modifier le traitement pénal des affaires de contrefaçon présentant une grande complexité. Ces affaires relèvent de la compétence des juridictions interrégionales spécialisées (JIRS), conformément à l’article 704 du code de procédure pénale.
Par ailleurs, j’ai plaidé pour la création, au sein des juridictions spécialisées, d’une chambre mixte de propriété intellectuelle associant des magistrats civilistes et pénalistes. Une telle initiative permettrait, selon moi, une amélioration du dialogue des juges ainsi qu’une harmonisation des montants d’indemnisation des titulaires de droits.

Quant à mon troisième amendement, il visait à obliger le Gouvernement à remettre au Parlement un rapport évaluant la possibilité de créer un tribunal de la propriété intellectuelle pour les entreprises, en vue de faciliter l’accès à la justice des petites et moyennes entreprises (PME) et de simplifier le règlement des petits litiges ayant trait à la propriété intellectuelle.
Certains titulaires de droits de propriété intellectuelle – à commencer par les PME – sont actuellement dissuadés de saisir la justice en raison, d’une part, de coûts de procédure disproportionnés par rapport au montant de la demande et, d’autre part, de délais de jugement trop longs.
Afin de lever ces obstacles, j’ai proposé d’étudier la possibilité de créer une juridiction spécialisée, sur le modèle de celle mise en place au Royaume-Uni. Cette dernière, dénommée IPEC, a été créée en 2013. Elle met en œuvre deux procédures simplifiées: l’une est destinée aux PME, l’autre s’applique aux petits litiges. Le montant maximal des coûts de procédure et des dommages et intérêts est plafonné. Les délais de jugement sont, par ailleurs, strictement encadrés. Chaque année, environ 400 affaires sont traitées dans le cadre des deux procédures. Un rapport d’évaluation publié en 2015 montre que la mise en place de l’IPEC a porté ses fruits et instillé une nouvelle culture juridique, dont il conviendrait de s’inspirer.

Ces nouveaux détectives du Net traquent les contrefaçons

Les grandes marques et les sites de e-commerce ont affaire à des réseaux de contrefaçons de plus en plus sophistiqués. Pour y faire face, ils font appel à une nouvelle génération de cyberenquêteurs.
Chez une inoffensive mère de famille, les douaniers sont tombés récemment sur 7 000 pièces de contrefaçon prêtes à être revendues sur Internet. « Elle n’a pas été compliquée à trouver, elle utilisait son vrai nom et son adresse postale », rit Luc Périgne, directeur du renseignement douanier. Amusant sauf que, comme elle, ils sont nombreux à inonder Facebook, Instagram, Amazon ou eBay de contrefaçons principalement importées de Chine.

Certes, depuis 2009, la France s’est dotée d’une équipe spécialisée de cyberdouaniers. La même qui a démantelé en juin la Main noire (Black Hand), une plateforme qui, sur le Dark Net, vendait tout un tas de produits illicites. Mais le phénomène a pris une telle ampleur que les états sont débordés.

L’an dernier, les douanes européennes ont saisi 31 millions d’articles de contrefaçon. Et ce n’est que la face émergée de l’iceberg. Médicaments, hi-fi, jouets, vêtements… En France, l’activité des faussaires « coûte chaque année 7 milliards d’euros et 35 000 emplois », indique Delphine Serfati-Sobreira, directrice générale de l’Union des fabricants (Unifab).

10 % des produits vendus en ligne

On est loin de la vente à la sauvette. « La contrefaçon concerne 10 % des produits vendus sur les sites d’e-commerce, les réseaux sociaux et le Dark Net », s’inquiète Dominique Lapprand, secrétaire général de l’Association de lutte contre le commerce illicite (ALCCI).

Le fléau est de plus en plus complexe à combattre. « Nous avons découvert une galaxie de milliers de réseaux de contrefaçon qui maîtrisent les nouvelles technologies et toute la chaîne de l’atelier de fabrication au paiement en ligne », confie Hervé Putigny, ancien gendarme et cofondateur de Webdrone, une start-up spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité.

Autre obstacle dans cette bataille contre les mafias du Web, « certains e-commerçants sont encore trop laxistes », déplore Dominique Lapprand. Ainsi, Le Bon Coin a été condamné fin 2015 pour avoir diffusé des annonces illégales et le site de shopping de Facebook regorge de produits contrefaits.

Une cellule spécialisée chez Rakuten France

En mars, la Commission européenne a donc tapé du poing sur la table et appelé les acteurs d’Internet à faire eux-mêmes la police. « L’État ne peut pas tout, approuve Dominique Lapprand, c’est aux acteurs privés de se mobiliser. » À l’instar de la cellule anticontrefaçon créée chez Rakuten France (ex-PriceMinister). « Nous les avons d’ailleurs aidés à former leurs contrôleurs, signale la directrice générale de l’Unifab. Facebook, qui n’avait pas anticipé la profusion de contrefaçons sur sa marketplace, est à son tour en train de mettre en place une équipe et Le Bon Coin, sensibilisé au sujet, est beaucoup plus vigilant. »

Aux anciens flics reconvertis en enquêteurs privés ont succédé, au sein des marques, des e-commerçants ou des prestataires spécialisés, de véritables cyberdétectives. Qui sont-ils ? Chez Webdrone, ils sont issus de l’intelligence économique, des unités anticybercriminalité de la gendarmerie ou des écoles de commerce qui forment à la gestion des risques criminels.

Traquer sur Internet les réseaux de faussaires, « c’est devenu un métier à part entière, observe Delphine Serfati-Sobreira. D’autant que la qualité des contrefaçons ne cesse de s’améliorer. D’autres métiers, centrés sur la traçabilité des produits, deviennent aussi de plus en plus pointus pour permettre aux opérateurs publics et privés de remonter les filières de contrefaçons et de ventes illicites. »


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EN CHIFFRES
31 millions d’articles de contrefaçon ont été saisis en 2017 par les douanes européennes.
7 milliards d’euros et 35 000 emplois, c’est ce que coûte l’activité des faussaires en France, selon la directrice générale d’Unifab.
10 % des produits vendus sur les sites d’e-commerce, les réseaux sociaux et le Dark Net sont de la contrefaçon, affirme le secrétaire général de l’ALCCI.


Marc Lomazzi avec Aurélie Lebelle


leparisien.fr (21/10/18)

Grand écran: trafic de médicaments, mort au tournant

Le 7 octobre, La chaîne parlementaire (LCP) a diffusé, dans le cadre de l’émission Grand écran, un documentaire sur le trafic de médicaments.

Présentée par Valérie BROCHARD, l’émission s’est poursuivie par un débat auquel j’ai participé avec le directeur général des douanes et droits indirects (DGDDI), Rodolphe GINTZ, et l’un des réalisateurs du documentaire, Ted ANSPACH.

L’émission sera rediffusée sur la TNT le samedi 13 octobre (14h), le dimanche 21 octobre (16h01), le dimanche 4 novembre (21h), le samedi 10 novembre (14h) et le dimanche 18 novembre (16h).

Vous pouvez la visualiser en cliquant ici.

Baisse des saisies des contrefaçons en Europe L’Unifab s’ inquiète pour la protection des consommateurs

L’Union des Fabricants (Unifab), association française de promotion et de défense du droit de la propriété intellectuelle, s’inquiète de la baisse des saisies douanières de contrefaçons en Europe.
Les chiffres publiés par la DG Taxud révèlent que seulement 31 millions de faux produits ont été saisis aux frontières pendant l’année 2017.
Ce rapport fait état d’une baisse significative, d’environ 9%, par rapport à 2016.
La voie d’entrée des faux produits en Europe reste multiple : 65% par voie maritime, 14% par avion. 11% sont des envois postaux.
Leurs provenances, quant à elles, demeurent inchangées. La Chine reste à la première place, suivie par la Turquie et l’Inde.
La part des produits de contrefaçon destinés à un usage quotidien, a augmenté, comme par exemple : l’alimentaire, les médicaments, les appareils ménagers, les parfums et cosmétiques, les jeux et jouets, etc…
Rappelons que tous les types de faux produits sont susceptibles de constituer un danger pour la santé et la sécurité des consommateurs.
Sur le podium des États membres qui saisissent le plus, la France occupe la 2ème place avec 4.2 millions de faux produits saisis, soit selon les chiffres de ce rapport, une augmentation de 118% comparé à 2016 (avec 1.9 millions d’articles saisis).
Des chiffres impressionnants et très encourageants, que l’on doit à une spécialisation de plus en plus pointue et une grande mobilisation des agents opérationnels de la Douane française.

D’autant que le nombre total de produits saisis en France pour l’année 2017, s’élève en réalité à 8.4 millions, si l’on cumule les saisies faites aux frontières et celles réalisées sur le territoire national.
Le cas de la France mis à part, la lecture de ces chiffres européens pris dans leur ensemble, a de quoi inquiéter : le nombre de faux produits stoppés en Europe, ne cesse de diminuer : 115 millions en  2011, contre seulement  31 millions cette année. 
« Ces chiffres démontrent qu’il est urgent de sensibiliser les différents pays de l’Union Européenne et d’intensifier les formations douanières au niveau des États membres. Notre mission est de protéger les consommateurs, d’encourager l’économie et de combattre les réseaux impliqués dans distribution des faux produits en Europe  » déclare Christian Peugeot, président de l’ l’Unifab.
Contact presse : Régis Messali – rmessali@unifab.com
06 16 89 00 81