Masques, médicaments, ventes en ligne… la contrefaçon a profité du Covid

Avec la crise du Covid-19, les contrefacteurs ont diversifié leurs activités vers les produits médicaux et pharmaceutiques l’an passé. La part des contrefaçons dans les importations de l’Union européenne s’est élevée à 6,8 % l’an passé, ce qui représente pas moins de 121 milliards d’euros.

Le commerce de produits illicites issus de la contrefaçon se porte comme un charme. Et la pandémie, en favorisant les achats en ligne, n’a pas permis d’améliorer la situation.

L’étude publiée mardi par l’office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (Euipo) indique que la part des contrefaçons dans les importations de l’Union européenne s’élève à 6,8 %, ce qui représente pas moins de 121 milliards d’euros. Des chiffres qui ne baissent pas par rapport à l’an passé.

Des milliards de faux médicaments

Aucun secteur, des cosmétiques aux jouets en passant par le vin et les boissons, l’électronique, les vêtements et même les pesticides n’est épargné. Avec la crise sanitaire, les contrefacteurs ont même pu diversifier leurs activités en s’orientant vers les produits pharmaceutiques et médicaux. « Le commerce mondial de produits pharmaceutiques contrefaits a été estimé à 4 milliards d’euros ».

Les services de courrier postal et de messagerie sont les principaux modes de transport de ces produits illicites. « La prolifération de médicaments contrefaits, tels que des antibiotiques et des antidouleurs, ainsi que d’autres produits médicaux, tels que des équipements de protection individuelle et des masques faciaux, a mis en lumière ce phénomène dans la mesure où les contrefacteurs profitent de l’incertitude des citoyens concernant les nouveaux traitements et vaccins », alerte l’Euipo.

Les réseaux sociaux en parlent

Autre phénomène inquiétant pour les géants des médias : l’office européen pointe l’utilisation abusive des médias sociaux au profit du piratage. L’analyse de millions de discussions publiques sur Facebook, Twitter, Instagram et Reddit, a révélé « qu’un tiers des conversations sur les contenus numériques pourrait concerner le piratage, les films et la musique étant les domaines de piratage les plus discutés, en particulier sur Reddit et Twitter ».

Ces discussions ont notablement augmenté au cours des premiers mois de la pandémie, au printemps 2020, constate l’Euipo. L’analyse des données montre aussi que 11 % des conversations concernant des produits physiques pourraient également porter sur des contrefaçons.

Si les consommateurs peuvent voir leur santé et leur sécurité affectée, les entreprises victimes subissent également des dommages considérables. L’économie européenne perd chaque année 83 milliards d’euros de ventes dans 11 secteurs clés vulnérables à la contrefaçon. S’y ajoutent 15 milliards d’euros de pertes d’impôts et de cotisations de Sécurité sociale ainsi que la perte de 670.000 emplois dans les secteurs touchés par la contrefaçon.

Pour Christian Archambeau, le directeur exécutif de l’Euipo, « la crise du Covid-19 a attiré l’attention sur le problème de la criminalité en matière de propriété intellectuelle en raison de la hausse du nombre de médicaments et de produits médicaux de contrefaçon […]. Il s’agit d’une problématique connue de longue date […] qui requiert d’urgence une action ferme et coordonnée et devrait être placée au premier rang des priorités dans la lutte contre la criminalité internationale ».

Richard Hiault
Les Échos (08/06/21)