Après le cognac et le champagne, la Chine reconnaît l’AOC bordeaux

Les Échos, Frank Niedercorn / Journaliste | Le 02/07 à 06:00

L’appellation bordeaux a été reconnue et sera protégée par l’administration chinoise.

S’il n’y avait pas d’étape bordelaise pour la visite officielle du Premier ministre chinois France, celle-ci a pourtant été fêtée en Gironde. Li Keqiang a en effet remis mardi à Manuel Valls le certificat de reconnaissance de l’appellation bordeaux. Un événement. Car si 21 indications géographiques étrangères sont reconnues en Chine par l’administration en charge de la qualité et de l’inspection des produits alimentaires (AQSIQ), Bordeaux est seulement la cinquième à en bénéficier pour les vins et spiritueux après le cognac, le whisky écossais, le champagne et la Napa Valley en Californie.

L’enjeu est d’autant plus important que la Chine est devenue le premier marché en dehors de France pour Bordeaux, avec 49 millions de bouteille l’an dernier, soit 12 % des ventes.

En Chine, où deux administrations opèrent dans le domaine de la propriété intellectuelle, la marque « Bordeaux » était déjà protégée depuis 2012 par un autre organisme. La demande concernant l’indication géographique et son cahier des charges avaient été rejetée en 2011 par l’AQSIQ. Alors que Bordeaux est en tête des ventes de vins étrangers. «  La Chine a beaucoup de demandes et privilégie les pays qui ont des relations bilatérales. Ce qui n’est pas le cas de la France qui traite au niveau de l’Europe », analyse Fabien Bova, le directeur du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).

Utiliser les ressources du droit chinois

Le gouvernement avait toutefois relancé une demande à l’occasion de la visite en Chine de Stéphane Le Foll en 2013. « Nous allons ainsi pouvoir utiliser toutes les ressources du droit chinois et notamment aller au pénal et donner naissance à une jurisprudence plus dissuasive », estime Fabien Bova. A l’image de la Champagne, qui s’est préoccupée dès les années 1980 de faire reconnaître son nom, explique Charles Goemaere, directeur juridique du Comité Champagne : « Nous avons bénéficié dès cette époque d’une reconnaissance du nom « champagne ». Cela nous a permis de lutter très en amont contre les contrefacteurs. »

Désormais reconnu au même titre que les 1.600 indications géographiques chinoises, Bordeaux espère aussi voir les décisions être rendues plus rapidement. La Chine étant désormais très préoccupée des affaires de contrefaçon, notamment pour des raisons sanitaires. Si certains grands vins comme Château Lafite font l’objet d’une contrefaçon massive, notamment à cause des prix atteints par ces bouteilles, tous les crus en sont victimes. Dans le province du Shandong, ce sont ainsi deux sites industriels capables d’embouteiller du vin contrefait qui ont été fermés. « Et soyez sûr que cela ne concernait pas que Bordeaux », insiste-t-on au CIVB.

D’ici à deux mois ce sont les 45 autres appellations de vins de Bordeaux, comme graves ou margaux, qui pourraient être reconnues. Seule l’appellation crémant, vin effervescent qui dispose d’un cahier des charges particulier, fera l’objet d’une demande particulière.