Val-d’Oise : 90 euros les masques, 60 euros le test Covid… l’homme menait son business en plein confinement

Le Parisien / Par Frédéric Naizot / Le 2 septembre 2021 à 13h38

Un quadragénaire d’Argenteuil comparaissait mercredi devant le tribunal pour avoir revendu des produits de contrefaçon et proposé des tests Covid et des masques, une denrée rare durant le premier confinement, en avril 2020. Il écope d’un nouveau «confinement» : neuf mois de détention à domicile, sous bracelet électronique.

C’était en avril 2020, lors du tout premier confinement. La France était entrée en guerre contre le nouveau coronavirus. On ne pouvait sortir que muni d’une attestation. Les magasins non-essentiels étaient fermés. Youcef, un père de famille de 40 ans n’en avait cure. Depuis son box d’Argenteuil et son ordinateur, il écoulait depuis des semaines des produits de contrefaçon de marques de luxe, et proposait aussi à la vente des masques chirurgicaux, un produit alors stratégique et même… des tests Covid.

Le tribunal correctionnel l’a condamné mercredi soir à neuf mois « de confinement », une détention à domicile sous surveillance électronique, ainsi qu’à 5 000 euros d’amende. Il devra aussi indemniser Hugo Boss à hauteur de 8 000 euros. C’était sa vingtième condamnation.

44 euros la boîte en promotion

L’affaire démarre par un outrage. Celui que repèrent en avril 2020 les gendarmes de Montmorency sur Instagram, qui vise des motards de la police nationale en position devant son box. En s’intéressant de plus près à « Pirate Caraïbes », le pseudo de Youcef, les enquêteurs découvrent un business mené en pleine crise sanitaire.

Au gré des livraisons de son grossiste, qui ne sera pas identifié, il écoule des produits de marques contrefaits, comme Chanel, Hugo Boss, Calvin Klein ou Louis Vuitton, à des prix défiants toute concurrence, et les ventes se succèdent en catimini dans le box d’Argenteuil. Les enquêteurs repèrent aussi sur son Snapchat ou Instagram des masques chirurgicaux qui sont alors introuvables, hautement stratégiques et réquisitionnés par l’État. Il les propose à 90 euros la boîte. Parfois il lance une promotion à 44 euros.

« Pirate » propose également des tests Covid sérologiques de type Trod, 60 euros pièce. « Ils ne sont pas destinés à être utilisés par le public, ne peuvent être vendus », indique le président qui relève l’absence d’éléments concernant leur fiabilité ou leur performance.

Une affaire très lucrative

« Vous vous êtes posé la question de savoir si vous pouviez vendre ces tests ? » demande-t-il au prévenu. « Sur le coup, j’ai été vraiment bête. Je n’ai pas pris un euro de bénéfice, parce que les gens en cherchaient. » « Vous voulez dire que c’était pour faire une bonne action ? » rétorque le président. À l’audience, Youcef reconnaît à peu près tout. L’outrage : « une bêtise », pour « amuser la galerie ». La contrefaçon : « Pour certains, je savais que c’était des faux ». Pour les autres, il s’en remet à son grossiste sans chercher plus loin. « Pour moi ce n’est pas de la drogue, cela reste des vêtements. »

Les gendarmes ont aussi découvert un business lucratif, retrouvant sur un compte ouvert auprès d’une banque anglaise en ligne 65 000 euros, sans compter les espèces qui circulaient sans doute majoritairement. Les ventes lui permettent aussi de jouer au PMU 85 000 euros ont relevé les gendarmes. « Une addiction » confie le prévenu qui n’a jamais déclaré ces revenus à personne, notamment à la CAF qui a versé pendant un an plus de 1 000 euros par mois à la famille. « J’ai changé de vie » assure-t-il enfin, évoquant « un business qui ne fait pas de mal aux gens ».