Même les PME peuvent être victimes de contrefaçons

Le luxe n’est pas la seule industrie à souffrir de la copie. Même les PME doivent songer à protéger leurs produits au plus tôt afin d’éviter d’être pillées et de perdre des sommes parfois colossales.

Les services de douane ont saisi en France 9,24 millions d’articles contrefaits en 2016, un record historique. Le coût est tout simplement faramineux. Les échanges mondiaux de produits contrefaits s’élèvent à plus de 500 Mds$ par an (environ 405,5 Mds€), selon l’OCDE, soit 2,5 % des importations mondiales.

Ce ne sont pas seulement les produits de luxe qui sont concernés, même si les saisies ont été multipliées par 45 en à peine vingt ans dans ce domaine. Aucun secteur d’activités n’est épargné, de l’électronique à la chaussure en passant par l’alimentation. Et la taille de l’entreprise ne change rien à l’affaire. «La contrefaçon ne cesse de croître», constate Stéphanie Leguay, coordinatrice du Comité national anti-contrefaçon à l’INPI. La faute notamment à des sites d’e-commerce peu scrupuleux sur les échanges entre internautes.

Illustration avec SERMA Group, une PME girondine spécialisée en électronique. Depuis une dizaine d’années, la société effectue à la demande de ses clients des tests sur des pièces qu’ils ont achetées sur le marché «gris», c’est-à-dire en dehors des canaux de distribution officiels. «Nous rejetons en moyenne 12 à 15 % des produits considérés comme défectueux, généralement parce qu’ils ont été totalement ou en partie contrefaits», souligne Philippe Barret, responsable du pôle de compétences du groupe.

«15 ans de travail ont été réduits à néant»

Alors même que 30 % des PME européennes ont déjà été confrontées à de la contrefaçon, la plupart des dirigeants prennent conscience du problème quand il est trop tard. Manque de temps ou d’argent, trop grande confiance accordée à des partenaires qui se révèlent sans scrupule… C’est la mésaventure qui est arrivée à Nicolas Mille, patron de l’entreprise familiale Gaston Mille. Après avoir développé un modèle de surchaussure, le dirigeant a découvert qu’un ancien visiteur amical de l’entreprise, à l’origine restaurateur, avait copié le modèle et le faisait fabriquer en Chine. «15 ans de travail ont été réduits à néant», constate Nicolas Mille, qui, depuis, sécurise tout échange avec l’extérieur.

Il faut dire que les contrefacteurs sont souvent rapides et efficaces : moins d’un an après le lancement européen de la poussette Yoyo, produit phare de la société Babyzen, un modèle baptisé Yoya était disponible en Chine. «Seule la dernière lettre du logo avait changé, le produit était une copie conforme… Mais ne disposait d’aucune garantie d’hygiène ou de sécurité», raconte le PDG Julien Chaudeurge. Babyzen vient d’avoir gain de cause devant les tribunaux, après trois ans et demi de procédures et des centaines de milliers d’euros de préjudice.

«Il faut prévoir les moyens de se défendre»

Se protéger par des brevets ne suffit donc pas : «Il faut prévoir les moyens de se défendre», constate Nicolas Mille. Le CNAC recommande ainsi de prendre des titres de propriété intellectuelle dans un maximum de pays, de mettre en place une cellule de veille, de déposer à titre préventif des demandes d’interventions aux douanes. Autant d’investissements qu’il peut être difficile de consentir lorsqu’on est une petite structure ou que l’on démarre une activité. « En fait, il faut penser tout de suite au succès global qu’on peut avoir », conclut Stéphanie Leguay.

Claire AUBÉ

leparisien.fr (05/03/18)