Marseille: prison ferme pour un roi de la contrefaçon

Ali Amrane n’en est pas à un culot près. Alors qu’il comparaît détenu dans le box du tribunal correctionnel de Marseille, il apparaît en survêtement bleu et blanc siglé Hugo Boss. Alors, forcément, au bout d’une heure de procès portant sur des faits réitérés de contrefaçon, son costume de circonstance finit par sauter aux yeux du tribunal. La présidente Julie Heisserer : « Des questions ? » Le procureur Serge Bocoviz, un rien caustique : « Combien vous l’avez payé votre blouson Hugo Boss ? »

Le mis en cause, bredouillant, le nez tout à coup dans ses chaussures, les seules qui n’étaient pas contrefaites hier : « Mon blouson ? Il est vieux. Je l’ai acheté il y a trois ans. Je ne me rappelle plus combien je l’ai payé ! » Petit moment d’intense justice, ou quand le mensonge est pris en flagrant délit dans le prétoire. Quand le prévenu est pris la main dans le pot de confiture.

Et en l’occurrence, le pot de confiture était hier celui de la revente massive de contrefaçons mise en place par Ali Amrane, 45 ans, un individu déjà condamné à cinq reprises, et notamment pour détention de contrefaçons à 4 mois de prison. Au mois de novembre 2013, une enquête met la douane judiciaire sur la piste de ce faussaire. Rue du Bon-Pasteur, aux Grands-Carmes (2e), il est connu comme le loup blanc, ou plutôt comme le contrefacteur en chef. À son domicile, les enquêteurs trouvent 1 923 articles de marques pour une valeur totale de plus de 168 000 euros. Il y a de tout, mais beaucoup de luxe : Vuitton, Chanel, Burbury, Boss, Ralph Lauren…

12 et 18 mois de prison ferme

La justice lui avait accordé une petite chance. Elle l’avait déféré, mais placé sous contrôle judiciaire avec l’interdiction évidente de se rendre rue du Bon-Pasteur. Mais Ali Amrane a récidivé. Le 8 avril dernier, il replonge. Accro à la contrefaçon comme d’autres le sont à la coke. Et il est pris cette fois en flagrant délit de violation de son contrôle judiciaire. C’est ce qui l’a envoyé en prison. Cette fois, les policiers trouveront 38 cartouches de cigarettes de contrebande American Legend et 484 contrefaçons de marques. Chez lui, on a aussi trouvé des carnets de comptes. Une sorte de comptabilité détaillée de ses ventes. Mais Ali Amrane nie avec force. « J’ai jamais volé. J’arrache pas les chaînes, argue-t-il. Je suis pas un terroriste. Je fais un peu de business à la Porte d’Aix. Je vendais de temps en temps pour gagner un morceau de pain ». Et le jour de sa deuxième interpellation, il prétend qu’il allait « jouer aux boules avec ses amis ». »La contrefaçon, c’est le vol des industries, des salariés qui travaillent pour ces industries, c’est la mise à mal de toute une économie de marché », martèle en retour le procureur Bocoviz.

Et l’accusation ironise : « Il est tombé dans la marmite de la contrefaçon et il ne veut pas en sortir ». En défense, Me Monia Rachid dressera bien le portrait d’un client qui « ne vend pas en grosses quantités » : « Il fait, mais il ne fait de mal à personne ». Défense difficile avec un prévenu qui a tout nié ou presque. Il a écopé de deux peines de 12 et 18 mois ferme et d’une amende douanière de 328 000 €. Il va lui falloir vendre quelques nouveaux articles contrefaits pour rembourser les Vuitton, Lacoste, Boss, Hublot et autres Burbury. Me Béatrice Dupuy a d’ailleurs obtenu 3000€ pour atteinte à l’image de la marque de montres Hublot.

Denis Trossero
laprovence.com (19/05/15)