Le nouveau billet de 20 euros veut éviter le « bad buzz »

Cette fois, la Banque centrale européenne (BCE) a préféré faire simple. Mercredi 25 novembre, l’institution a mis en circulation son nouveau billet de vingt euros de la série « Europe ». Mais elle n’a pas invité les Européens à prendre des selfies avec, comme elle l’avait fait en 2014 pour celui de dix euros. Des internautes s’étaient photographiés en train de le brûler ou de l’utiliser pour inhaler des substances illicites…

La sortie de cette coupure se veut une réponse à la contrefaçon. Au-delà de la nouvelle signature chromatique (reflets arc-en-ciel, richesse des couleurs du motif vitrail, dégradé du nombre « 20 »), la principale innovation technologique réside dans la « fenêtre portrait » où trône en hologramme la princesse Europe, enlevée par Zeus métamorphosé en taureau dans la mythologie grecque, et qui a donné son nom au continent.

Selon la Banque de France, chacun a 0,004 % de risque de se retrouver avec un faux billet dans la poche. Sans possibilité de se le faire rembourser : ce serait une prime à la contrefaçon. Ces coupures contrefaites proviennent en majorité de bandes organisées, mais aussi de contrefacteurs du dimanche, armés seulement d’un scanner et d’une imprimante. « Aujourd’hui le billet sort, mais dès demain un type réussira à refiler une photocopie à une personne âgée », raconte Michel Chaumon, responsable des formations à l’authentification des billets à la Banque de France. Il a déjà vu un papier de chocolat Milka faire office de bande holographique…

« Une fusée Ariane dans la poche »

Dans l’Hexagone, la coupure de vingt euros est la plus utilisée avec 52 % des retraits aux distributeurs. La Banque de France en a imprimé 1,9 milliard, soit 44 % des 4,3 milliards de coupures fabriquées pour toute la zone euro. Sa papeterie de Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme) a été un centre de test pilote pour la R&D du nouveau billet. Pour un coût de fabrication ne dépassant pas huit centimes, il fait partie des 10 % des billets les plus sécurisés du monde. « On a une fusée Ariane dans la poche et personne ne la regarde », estime Michel Chaumon.

La Banque de France fait donc œuvre de pédagogie pour le lancement de ce nouveau billet. Depuis le début de l’année, elle a formé 26 000 professionnels qui manipulent du cash au quotidien, comme des chefs de caisse, à la méthode du « toucher, regarder, incliner ». Une manière de leur apprendre à bien reconnaître les nouveaux signes de sécurité. Mais pour les particuliers, oublié le concours de selfies. Seuls les 9-12 ans peuvent participer au jeu d’aventure Euro Run « où Anna et Alex aident la police à arrêter un faux-monnayeur ». Les 100 gagnants remporteront un billet de 20 euros, scellé dans un cadre en verre gravé.

Jade Grandin de l’Eprevier

lemonde.fr (24/11/15)